La
Grande île de Sable. (01-09/10/2006)
Le projet.
Le plus grand banc de sable au
monde est une île nommée Fraser. Le meilleur moyen
d’en voir ses splendeurs est de parcourir une grande randonnée
que les australiens appellent « Great Walk ». (Voir
carte, de Dili Village à Happy Valley). En Mai 2005, j'avais
voulu l’arpenter. A Brisbane, je passais au bureau des rangers
pour prendre les renseignements nécessaires. Avec une grande
gentillesse, on m'expliqua qu'il était interdit (vivement
déconseillé en fait) de marcher seul sur ce géant
banc de sable. Les dingos, ces chiens sauvages ressemblants à
un croisement entre un loup et un labrador, y sont de la lignée
la plus pure et extrêmement dangereux. Ils s'en prennent occasionnellement
aux humains. La dernière attaque mortelle remontant au mois
d’Avril 2001. Je tentais d'expliquer que j'étais très
entraîné et que je ferai attention. En vain, après
une discussion de 20 minutes avec les rangers et un appel au ranger
principal de l'île, j'abandonnai finalement cette randonnée
pour aller pratiquer une activité moins risquée: 5
jours de plongée sur la grande barrière de corail
avec comme attraction principale se retrouver au milieu de 40 requins
de taille moyenne.
En Novembre 2005, je décide
de retourner en Australie et de mettre mon esprit aventureux loin
des conseils trop sécurisants des rangers. Cette fois, je
veux traverser l'entièreté de l'île selon son
axe Sud-Nord. Projet aventureux car je tenterai de le faire de manière
autonome (seul, sans assistance et sans ravitaillement) tout en
visitant tous les plus beaux joyaux de l'île. Pas d’énorme
difficulté au programme mais quelques dangers potentiels
à surveiller. Les fameux dingos tout d’abord, les serpents
et trouver de l'eau dans la région au Nord de Orchid Beach.
Cette région constitue la plus grande difficulté puisqu'elle
est non visitée sauf par les 4*4 qui roulent sur la plage
jusqu'au phare.
Fraser, la plus
grande île (banc) de sable au monde
L’île fait à
vol d'oiseau 123 km de long sur 40 km dans sa plus grande largeur.
La majeure partie de la superficie est recouverte d'une végétation
dense et parfois impénétrable. L'attrait de Fraser
ce sont ses lacs d'eau douce et ses sables de couleurs diverses
que l'on trouve aux abords de "sandblows", sorte d'étendues
de dunes ou la végétation n'a pas pu prendre racine.
Une plage interminable à l’Est sert d’autoroute
aux 4*4. Malgré une largeur de plage de 3 (à marée
basse) à 40 m, certains véhicules arrivent à
s'accidenter !
La préparation.
L'attaque mortelle
de 2001 avait été sur un enfant de 8 ans par 2 dingos.
Après recherches et lecture de documents traitant sur le
comportement du dingo, etc. Voici ce que j'ai pu conclure:
- Ils sont 300 sur une île
d'environ 1500 km2 - Un adulte qui se ferait attaquer par plusieurs
chiens combatifs est peu probable (il en faudrait de la chance!).
- Je suis conscient du danger et je peux me
défendre: 2 bâtons de marche avec pointe et je
garde un piquet de tente en poche comme poignard.
- J’applique les consignes: ne pas les
nourrir, ne pas se rapprocher, faire face, ne pas les provoquer
et se défendre agressivement en cas d’attaque...
La carte HEMA au 1:130.000 est
amplement suffisante puisque la randonnée est balisée.
Longer la plage est un jeu d'enfant, ou plutôt d'adulte car
il faut choisir le sillon de sable (traces de 4*4) permettant une
avance rapide.
Bref carnet d'aventure
- Téléchargez
ici fichier excel
Je quitte mon logement et part
en autostop. Une heure plus tard j'arrive à Inskip point.
J'attrape la barge qui me dépose au Sud de l'île. Chargé
de 20 kg, j'entame mon ascension vers le Nord sur une piste désaffectée.
Je suis surpris par la facilité de la marche dans un sable
assez compact et recouvert parfois de végétation en
décomposition. Comme d'habitude, marcher seul me permet de
voir de nombreux animaux notamment des goannas de minimum 80 cm
de long. Arrivé au camping de Dili Village, je commence la
Great Walk. J'atteins comme prévu le premier lac, celui du
Boomanjin. Le lendemain, j'assiste au lever du soleil en miroir
dans le lac. Spectacle de couleurs que je déguste avec mon
appareil photo.
Sans entrer dans les détails,
les jours qui suivent sur la Great Walk se ressemblent : marche
facile en tenant une moyenne de 30km par jour et discussions le
soir avec les compagnons randonneurs. On échange nos expériences
et ils m’encouragent en me demandant de leur écrire
si j’atteins mon objectif. Un soir, en arrivant la nuit tombée
à la vallée des géants, j'interromps un groupe
de touristes terminant leur dessert. Ils me proposent les restes de leur riz
au curry Indien. Je leur explique mon aventure sans assistance qui
m’oblige à refuser. J’accepte de manger ma ration
à leur table et ils s’amusent à tenter de me
faire craquer avec leur dessert. Je me nourris par contre de leurs
encouragements et sourires.
Une fois le Great Walk terminé,
il ne me reste plus qu’à suivre l’autoroute de
sable. J’y croise 4*4, bus et avions. Je suscite parfois la
curiosité des conducteurs qui ralentissent à ma hauteur
pour me proposer de me déposer plus loin. Je refuse chaque
invitation ! Je fais un signe du doigt à chaque véhicule
qui me croise, geste que les Australiens me renvoient avec plaisir.
Cette pratique est très courante dans le pays lorsqu'on est
isolé. Il signifie « bonjour, je vais bien. »
Lors de diverses rencontres avec
des aborigènes du Queensland, on m’avait mis en garde
de malédictions touchant ceux qui iraient se baigner dans
les lacs sacrés de la partie Nord de Fraser. Au camping aborigène
de Dundubara, je questionne la propriétaire concernant ces
mises en garde. Elle m'explique que seuls les aborigènes
ne peuvent pas se baigner dans ces lacs sacrés et me félicite
d'être un blanc différent des autres car je visite
leur royaume à pied. Je lui promets de ne pas me baigner
pour respecter le plus fidèlement possible leurs traditions.
Je suis finalement invité à suivre un enfant qui me
guide sur un chemin aborigène privé me ramenant vers
la plage.
C'est à Indian Head, un
des seuls rochers de l'île, que je fais ma plus longue pause.
La vue y est incroyable. Jonction entre 2 couleurs d'Océans,
ce mirador permet l'observation des baleines, dauphins, requins,
tortues et raies. J’y assiste ébahi à un événement
inimaginable: une raie manta prend appui dans une vague pour effectuer
un vol plané hors de l'eau. Je comprends alors son surnom
de démon des mers donné par les premiers grands navigateurs
qui furent témoin d'un tel phénomène.
A Orchid beach, je laisse mon nom
et numéro de portable à Don le gérant du magasin
d'alimentation. Je souhaite terminer ma route vers le Nord par l'intérieur
des terres en suivant une route observée sur image satellite.
Don m'avoue qu'il existe bien une route, utilisée jadis par
l'armée, mais celle-ci est fermée depuis 20 ou 30
ans. La nature y a certainement repris ses droits. J’estime
que parcourir ces derniers kms en considérant que je trouve
des restes de cette route ne me prendront non pas 1 jour mais 2
jours de marche. Je débute la recherche de la piste oubliée
autour du lac Océan. Un touriste australien qui y vient depuis
des décades n'a jamais entendu parlé d'une route pour
rejoindre le phare par les terres. Je pars à la boussole…
Grande découverte: les premiers vestiges de la route sont
derrière les toilettes du lac. Celles-ci bloquent son accès.
Je suis la route abandonnée
et progresse lentement car comme attendu, tout est quasi envahi
par les arbres et les plantes. Je tente de me positionner sur la
carte afin de trouver de l'eau (un lac donc). Je monte dans les
arbres en haut des collines. Malheureusement, je découvre
que la plupart des lacs sont asséchés ce qui ne fait
que compliquer la tache. Je dois me résoudre à boire
avec parcimonie. Un avantage cependant : je peux traverser les lacs
facilement sur une croûte dure et dégagée.
Certains endroits sont de vraies
jungles où il me faut passer au dessus de buissons entrelacés
de lianes. Sans machette, je n’ai que deux possibilités
pour avancer : passer à travers ou par-dessus. Je marche
donc sur les buissons à 50cm du sol ou alors je fais de la
boxe thaïe avec mes tibias pour me dégager une voie.
Rapidement, la peau s'en va et mes tibias saignent. Après
3 jours de jungle et de douleurs, l’eau et les vivres me manquent,
c'est la rage qui me permet d'avancer car je suis près de
la fin.
J'abats les derniers kms et le
retour à la plage est signe de délivrance. Léger,
je rejoins le phare et le cap Nord de l'île. La récompense
après tant d’efforts est de pouvoir enfin accepter
de monter dans un 4*4 pour rentrer en stop. La sensation de terminer
ce projet en devenant probablement le premier à photographier
tous ces endroits presque inexplorés me comble de bonheur.
Trois jours se sont passés, Don s'inquiétait et m'offre
une bière fraîche. Au loin, on entend des touristes
discuter d'un gars qu'ils ont vu marcher seul sur l'île.
Visitez les sections photos et
expositions pour plus de photos.
|